L'église Saint Pierre



L’église Saint-Pierre fut construite au cœur du village de Sassenage au XIème  siècle.

Le clocher (inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques).
De style roman, composé de deux étages, le clocher présente des arcades et des colonnades. L’horloge date au moins du début XIXème.



La nef Il ne subsiste que le clocher de la période médiévale.
La nef  a fait l’objet de nombreuses transformations. Le mur Sud date du XVème siècle puisqu’il donne accès à la chapelle construite vers 1470. Avant les restaurations de 1970, la moitié inférieure du mur du chœur était peinte en rouge vif et parsemée de nombreuses croix d’or inversées symbolisant le martyr de Saint Pierre.
carte postale de 1930

La chapelle (inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques).Jacques de Sassenage l’aurait fait construire vers 1470 afin d’y transférer les cendres de ses ancêtres. La chapelle accueille depuis 1822 les dépouilles de François de Bonne Duc de Lesdiguières dont la première épouse fut Claudine de Bérenger. La chapelle fut à l’origine d’un conflit entre la commune et le Marquis de Bérenger. En 1792 les officiers municipaux firent enlever les armes et armoiries de la famille Bérenger-Sassenage dans la chapelle, et masquer l’inscription  du tombeau des seigneurs de Sassenage. La chapelle devint partie intégrante de l’église. Elle est décorée d’un Christ en Croix.




Un peu d'histoire : Le connétable, duc de Lesdiguières.... La "translation de son corps" dans le caveau familial.... (cliquer sur le lien)


Décors anciens. Des sondages en 1993 révélèrent la présence d’anciens décors peints de différentes périodes. La seconde couche datée du XVIIème se compose d’une peinture murale représentant le Christ entouré par la Vierge et une sainte.


Dans la chapelle se trouvait une litre funéraire, bande horizontale peinte sur les élévations intérieures et portant des armoiries.

Avec l’installation du tombeau de Lesdiguières en 1822, un nouveau décor apparut.

Une pierre d’angle sculptée, représentant la mise au Tombeau et descente de la Croix qui daterait du XIème siècle, a été retrouvée en 1968, à la base du clocher.

La pierre du clocher de Saint Pierre de Sassenage





Le commentaire qui suit a été rédigé par Elyane Saussus
Il s'agitd'un bas-relief datant sans doute du début 12èmé siècle, quand on redécouvrait la sculpture figurative (scènes bibliques). D’autres parties de l’histoire sont cachées (réemploi) ou ont disparu.

A droite, nous sommes dans une enceinte terrestre sacrée symbolique (arcade d’église). C’est la descente de croix. Un homme enlève le dernier clou avec une tenaille.
Derrière Jésus, Joseph d’Arimathie qui a réclamé le corps pour l’enterrer dignement. On ne voit que sa tête, ses pieds, et surtout ses mains entourant la poitrine de Jésus pour éviter la chute. Une femme (voile) est à gauche : elle tient le poignet du supplicié et caresse sa main avec amour. Elle regarde au loin vers « le ciel nouveau ». A cette époque il s’agit beaucoup plus sûrement de Marie-Madeleine (qui a osé « toucher » Jésus) plutôt que de la Vierge qui ne sera vraiment représentée que plus tard au pied de la croix.
A gauche, plus de « toit » : l’ange est relié au ciel. Il se tient debout sur le tombeau ouvert et désigne son vide ! Le suaire sans corps de Jésus est posé au bord. La main droite de l’ange désigne le crucifié et relie ainsi dans une même scène la mort et la résurrection.
A gauche du tombeau les « myrophores » comme les orientaux désignent les trois femmes au tombeau. Elles portent à bout de bras les aromates (myrrhe) pour l’embaumement. Mais l’ange va leur annoncer l’incroyable nouvelle : « Il n’est plus ici, il est vivant ! »
Cette scène, très répandue dans les icônes le sera aussi dans l’art roman. Malgré son aspect « archaïque » et usé, on est touché par son sa simplicité profonde.

A consulter également :
Mémoire de Patrimoine médiéval "La pierre angulaire" - rédigé par Sofyan Al-haj Johnston, et mis en ligne avec son aimable autorisation
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L’ Agneau pascal sur la porte du tabernacle, couché sur le Livre aux sept sceaux

Cette porte de tabernacle était précédemment placée dans le choeur.
Au cours des travaux de rénovation de la nef réalisés en 2016, elle a été restaurée et installée dans l "arc triomphal" à droite de l'autel, à côté de l'ambon




Le commentaire qui suit a été rédigé par Elyane Saussus

L'Agneau, couché sur une croix posée sur un livre reprend une figure centrale de l'Apocalypse (Apocalypse, chapitre 5 et suivants). Le livre représente celui de la Révélation dans la Bible. Il est fermé par sept sceaux qui pendent chacun à un ruban. Le Christ-Agneau va les ouvrir un à un pour révéler tout le mystère du salut.
Lors de la Pâque, les juifs sacrifiaient et mangeaient un agneau en souvenir de la sortie d’Egypte. Pour les chrétiens il représente maintenant l’Eucharistie offerte et partagée.
Sur cette image, le livre est posé sur un autel maçonné comme dans le Temple.
En haut la gloire de Dieu est cachée par la nuée mais des rayons de lumière le transpercent.
Au pied de l’autel « les blés sont mûrs pour la moisson » eschatologique comme le disent l’Evangile et l’Apocalypse.
Ici, tout est doré car l’Agneau est vainqueur à travers l’acceptation son sacrifice.
L’Apocalypse le décrira ensuite debout et bien vivant sur la montagne puis il rejoindra le trône de Dieu.
Cette image est typique de l’art baroque (17ème, 18ème siècle), mais elle se répandra beaucoup sur les autels (comme à Notre Dame des Vignes) et les tabernacles au XIXème siècle.


Saint Ismidon, évêque de Die: Ismidon de Sassenage (1060-1115) Prince de Royans, fils d’Hector de Sassenage, fut évêque de Die de 1098 jusqu’à sa mort en 1115. Son frère Guigues devint seigneur de Sassenage.

Un religieux vertueux : élevé avec rigueur par son oncle près de Valence, Ismidon était devenu un sujet d’admiration pour sa sainteté et sa science des Divines Ecritures. Chanoine auprès de l’évêque de Lyon, il fut sollicité en 1097 par le clergé et le peuple de Die pour accompagner dans sa charge leur évêque brisé par la maladie. L’année suivante il fut nommé évêque de Die.
Il fut considéré comme un grand pacificateur.
Dévoué à l’archevêque Hugues de Lyon, il l’accompagna ou le remplaça dans différents conciles. Sa première mission, qu’il réussit avec succès en 1099, consista à faire reconnaître les droits de primatie d’Hugues de Lyon à l’archevêque de Sens qui les contestait. En effet, le pape Urbain II lui avait reconnu la primauté de sa juridiction sur plusieurs métropoles des Gaules.
Jouissant d’une haute estime, son rôle de pacificateur est attesté par les chartes de l’époque qui font état du grand nombre de conflits et des interminables discussions qu’il dut arbitrer entre les religieux et les seigneurs laïques et souvent même entre religieux de différents ordres.

Pèlerin en Terre Sainte. En 1100, Ismidon fit en compagnie de l’archevêque Hugues le pèlerinage de Jérusalem, d’où il remporta des reliques précieuses pour son église. On suppose qu’il fit un second pèlerinage en Terre Sainte entre 1110 et 1113.
Célébrationde Saint Ismidon. L’évêque Saint Ismidon fut, tout au long de sa vie, entouré de la vénération de ses diocésains, qui chérissaient en lui le modèle accompli dans l’évangile. Aussi, rempli d’admiration pour ses vertus le peuple lui décerna par acclamations le titre de saint, que l’église lui reconnut également par la suite. Les habitants de Die élevèrent une église en l’honneur de leur saint évêque, mais elle fut détruite lors des guerres de religion par les Huguenots qui brûlèrent son corps et dispersèrent les cendres.
Le bréviaire (recueil des textes) de Die mentionne des miracles qui s’opéraient sous son intercession, entre autres la résurrection de plusieurs morts.
La fête de Saint Ismidon est célébrée le 28 septembre à Die (jour de son décès) et le 30 septembre à Sassenage.

Vitrail: Saint Ismidon accomplissant une Résurrection




Vitrail: La Remise des Clefs à Saint Pierre.



Tableau de Notre Dame du Rosaire (La remise du chapelet à Saint Dominique) - Eglise Saint Pierre de Sassenage




Le tableau "Notre Dame du Rosaire" est situé sur le mur Sud de la nef de l’église de Saint Pierre de Sassenage, encadré par les deux vitraux représentant Saint Ismidon et Saint Pierre. Son commanditaire est Jean Volmar Chevalier, un riche marchand Sassenageois du XVIIème siècle . Le tableau est signé  IAN  NIWAEL.F.



Le commentaire qui suit a été rédigé par Elyane Saussus
Histoire de la dévotion
C’est une tradition très ancienne dans quasi toutes les civilisations de l’Orient que de répéter une courte formule de dévotion.
En Occident, dès le XIe siècle, on répétait la première partie de l’Ave Maria tirée de l’Evangile de Luc.
Les frères convers (et les religieuses) qui ne savaient pas lire les cent cinquante psaumes (en latin) la répétaient 150 fois pour s’unir aux 150 psaumes de l’Office. Ils s’aidaient pour cela d’une cordelette à nœuds. Puis on y ajouta l’évocation de la vie de Jésus toutes les dizaines, suivies du Notre Père. Et la suite « priez pour nous… ».

Au XVe siècle, le dominicain, Alain de la Roche établit les confréries du Rosaire qui eurent le plus grand succès chez les laïcs. Il déclara qu’il avait eu la vision de Saint Dominique recevant le rosaire de la main même de Marie (ce que ne raconte pourtant pas les vies du saint).
La victoire des chrétiens sur les Turcs à la bataille de Lépante en 1571 fut attribuée par le pape Pie V (dominicain) à la prière du Rosaire. Il institua la fête de N.D. des Victoires le 7 octobre, renommée rapidement fête de N.D. du Rosaire.
Au XVIIIe, Grignon de Montfort se fit à son tour l’apôtre de cette dévotion.
Après la Révolution française, cette pratique reprit beaucoup d’importance, surtout après les apparitions de Lourdes et de Fatima où Marie recommandait de prier le chapelet, et par l’apostolat de Pauline Jaricot.

Les tableaux du Rosaire
Les confrérie devaient posséder un « autel » (chapelle) avec une représentation de Marie offrant le chapelet à saint Dominique, chargé de conduire la prière des hommes.
En face, classiquement, la grande sainte dominicaine Catherine de Sienne, reçoit le chapelet de la main même de Jésus.
Elle conduit la prière des femmes. De grands maîtres du XVIIe siècle ont peint ce tableau (Le Caravage, Murillo…) .
Or le tableau de Sassenage daté de 1630.

Il est arrivé que les ordres religieux ou les paroisses aient placé « leur » saint à la place de Catherine, voire même de Dominique (remplacé par exemple saint François). A Sassenage, plus de Catherine, mais Saint Pierre, patron de l’église, et derrière lui, le donateur.
La disposition est classique : Marie dans le ciel doré : ici « enveloppée de soleil », comme la femme de l’Apocalypse de la lecture du 15 août. Elle est entourée d’angelots (nus mais au sexe voilé), signifiant qu’elle est bien au ciel. Marie donne le chapelet à Dominique. Sur ses genoux, l’enfant Jésus (qui regarde ailleurs) le laisse pendre comme distraitement vers saint Pierre dont une main empoigne sa clé, l’autre portée sur le cœur. Il ne reçoit donc pas l’objet, mais d’ailleurs, comment saint Pierre pourrait-il prier le rosaire ?
Derrière lui, le pieux dévot (tête penchée, mais pas d’auréole) se met bien en scène et prend soin qu’on se souvienne de son nom par l’inscription : Jean Volmar a commandé cette œuvre. Il faut dire qu’il n’est pas le seul dans l’histoire de l’art !

Il y a en général deux ciels dans ce modèle de tableau : celui d’en haut, spirituel et doré. Et celui d’ici-bas, particulièrement sombre dans ce tableau ! Le rosaire (la prière) fait le lien lumineux entre les deux. Mais aussi le petit ange doré « parachuté » dans nos ténèbres, messager de grâce.

Le chien de Dominique avec une torche dans la gueule évoque le rêve qu’aurait eu sa mère en l’attendant : son fils ira « clabauder » (aboyer) sur les places publiques pour les enflammer de la vraie Parole de Dieu. Dominicains, Dominus canis = chiens du Seigneur.
Cette histoire-là est bien dans les archives dominicaines.
Ainsi que la parfaite virginité que Dominique a « avouée » juste avant sa mort, représentée par le lis qu’il tient dans sa main.
Le globe avec la croix renversée est le symbole de l’hérésie cathare, renversée par la bonne prédication.

Ce tableau de Sassenage est donc relativement original et surtout, il transmet bien la pensée et la spiritualité d’une époque.
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Note annexe
Saint Joseph porte lui aussi souvent dans nos églises un lis, interprété comme le symbole de sa chasteté vis-à-vis de Marie.
Il s’agit en fait d’une histoire racontée dans les évangiles apocryphes : seul Joseph a pu faire refleurir (lors d’une sorte de concours) un bâton symbolisant l’arbre de Jessé « qui refleurira ». Jessé père du roi David, ancêtre du Christ. Ce signe de renouveau lui a fait confier la jeune vierge enceinte.

De même, le lis de Marie dans les annonciations, signifiait seulement au départ que l’annonce avait eu lieu — au printemps — dans « le jardin clos » de Marie. Il était figuré dans un vase entre elle et Gabriel. Il était symbole de renouveau avant d’être celui de pureté, comme ce sera interprété plus tard dans l’iconographie : Gabriel l’offrira alors à la Vierge.


L'auteur de ce commentaire précise également: "à mon avis, ce tableau ressemble plus à l’école espagnole qu’à l’école du Nord : par ses couleurs et la figure allongée des personnages, et même s’il a été signé par un homme portant un nom hollandais (nombreux liens entre les deux pays). Mais des historiens d’art pourraient peut-être me contredire….."

Mis en ligne le 20/08/2013 - mise à jour 19/04/2017

Ce document, mis en ligne avec l'aimable autorisation des auteurs, est tiré d'une part du livre fort bien documenté de Stéphane Piccarreta "Sassenage, c'est toute une histoire" .
Il a été complété par quelques commentaires - signalés - d'Elyane Saussus - Commission d’art sacré du diocèse de Grenoble-Vienne,
ainsi que par l'assosciation "Château de Sassenage, dans le cadre de "2017 - année Lesdiguières"




Merci également à Bruno Bourgeois pour ses photos. En voir d'autres sur: photos-dauphine.com

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